Visite du Musée de Villeneuve d’Ascq

evenement1Notes sur l’exposition :

Décrire ce que l’on a perçu, senti, vu , au terme d’une visite même très bien commentée, dans un musée, n’est jamais chose facile.

Pour approfondir le thème, les adhérents peuvent demander l’emprunt du livre de l’exposition dont le Club s’est rendu acquéreur.

Deux axes de pré-requis étaient nécessaires pour cette immersion ;

  • celui de l’Art Brut, forme d’expression issue de personnes n’ayant reçu aucune imprégnation culturelle lors de la réalisation d’une production (souvent à thème répétitif, parfois spirite), art qualifié abusivement d’art des fous car repéré d’abord par des personnels d’institutions psychiatriques,
  • celui de la culture de l’art indien et indouiste, issue de la longue évolution des peuples suite à l’expansion Andite en Orient…

Ce que Philippe MONS (1941) a cherché à nous offrir est une mise en relation permettant, avec étonnement, de comprendre à quel point l’expression humaine que nous considérons extrêmement élaborée, évoluée, même si une violence inouïe peut parfois la ponctuer, peut se retrouver, de manière frappante dans la symbolique de bon nombre d’œuvres d’art dit « brut », appellation dont Philippe MONS  évite l’usage.

Philippe Mons commence à collectionner pendant ses études de médecine après avoir découvert des productions de patient. Son intérêt pour l’art qu’il soit brut, contemporain, tribal, populaire, connu ou anonyme, ne se départira pas. En 1969, il est le cofondateur du collectif SMAK (Signalétique Marginal d’Art Circonstanciel et Kaléidoscopique) et ouvre, en 1970, la galerie Haute-Tension, à Lille. À son initiative et à partir de 1972, se réunit tous les mois, dans les locaux du laboratoire Sandoz à Lille, un groupe informel de personnes intéressées par l’art dit « psychopathologique » et les liens entre image et folie. En 1974, il organise les expositions Derrière les murs à l’École des beaux-arts de Lille, puis, en 1978, Éloge de la liberté à la bibliothèque de Boulogne-sur-Mer. Dans sa thèse de médecine, L’inachèvement (1990), il présente les œuvres de cinq patients, Gilles Amedro, Paul Engrand, Georgine Hu, René Joly, Miguel Rodriguez-Pont, présents dans sa collection. Il crée, en 1995 à St-André, la galerie Zone de confusion ouverte à une multiplicité de pratiques. C’est là qu’est organisée, en 1997, l’exposition Éloge de la liberté (II) en lien avec la première présentation de la collection d’art brut de L’Aracine au musée. Philippe Mons, qui a toujours été proche de L’Aracine, a fait entrer dans la collection des œuvres de Hu, Amedro, Engrand.

En 1979, Philippe Mons découvre le yoga et, à partir de 1981, se rend en Inde chaque année pour suivre l’enseignement d’un maître yogi. Il ouvre à Lille, en 1981, son premier centre de yoga, le Centre Hanuman du nom du dieu singe qui est à la fois yogi et médecin. Ses séjours réguliers en Inde lui permettent de découvrir l’art indien, particulièrement les œuvres tantriques qui vont devenir un axe fort de la collection.

Au terme de collectionneur, Philippe Mons préfère celui d’accumulateur, en référence à celui qui accumule mais aussi à l’objet qui condense de l’énergie avant de la restituer. Le choix de ce mot n’est pas sans lien avec la galerie Zone de confusion abritée dans le même bâtiment que la collection, le centre de yoga, le cabinet médical et le lieu de vie.

Dans la présentation toujours changeante de sa collection, Philippe Mons crée des jeux de correspondances symboliques entre des formes d’expressions différentes mais réunies dans un ensemble unique qu’il appelle des « macles ». En cristallographie, une macle est un groupement de cristaux identiques orientés de manière différente. Dans le tantrisme, le cristal symbolise la matière qui englobe toutes les substances. Afin de rendre l’aspect combinatoire et poétique qui préside à la constitution de la collection, la scénographie reprend les principes de macles pour structurer les trois parties de l’exposition composée comme une fable : Corps morcelés, corps composés ; L’œil existe à l’état sauvage ; Corps subtils et corps cosmiques. Cette exposition qui réunit plus de 500 œuvres, est un état momentané et transitoire du dispositif surréel inventé par Philippe Mons.

 

Corps subtils / Corps cosmiques

Le corps subtil, homologue du corps cosmique, est le point de suture, dans la collection, entre art indien et art spirite.
Utilisé dans la discipline du yoga, il permet de concevoir à à la fois le dispositif intérieur du corps humain et la manière dont le monde se matérialise autour de lui.
Les nâdî se propagent à travers le corps et distribuent l’énergie vitale, les prânas, jusqu’à l’extrémité des membres.
Pour les maîtriser, le Yogi utilise la respiration.
Les ramifications partent d’un nâdîs situé le long de la colonne vertébrale, le sushumnâ, axe du monde sur lequel sont fixés des mandalas appelés chakras symbolisant les transformations successives des principes cosmiques .
La double réalité du corps physique et du corps subtil répond aux lois fondamentales du monde terrestre et de l’univers.
Il s’agit d’une géographie sacrée de centres et de points énergétiques qui permettent ainsi d’être en lien avec les états d’êtres non perceptibles comme les dieux, les morts, les esprits.
Les formules des Mantra, les diagrammes des Yantra participent des méthodes magiques pour établir ces échanges.
Ces doctrine fascinent les Occidentaux et l’art spirite se rapproche de ces pratiques de transfert d’énergie entre le monde terrestre et surnaturel. Le périsprit, lien entre l’esprit et le corps physique, est similaire au corps subtil.
Les peintures d’Augustin Lesage, Fleury Joseph Crépin, Victor Simon sont les manifestations plastiques, entre figuration et abstraction, des messages reçus par les médiums qui ainsi se libèrent de la matière pour s’éveiller à l’essence spirituelle. L’astreinte à la réalisation de l’œuvre, la minutie du geste et sa réitération contribuent à permettre au médium d’atteindre cette libération souvent par un état de conscience modifiée.

Autant de bonnes raisons pour chercher à dépasser les limites de notre savoir en acceptant l’enrichissement dont le Musée de Villeneuve d’Ascq nous a comblé !

 

Quelques images du collectionneur et de son univers :

http://www.lavoixdunord.fr/region/saint-andre-philippe-mons-expose-au-lam-de-ia22b49745n1309572

 

Et un glossaire :

Garuda : Roi fabuleux des oiseaux, fils du vent et animal support de Vishnou, réputé voler à la vitesse de la lumière. Ennemi mortel des Nâga. « Parole volante » il représente les enseignements ésotériques des Veda et symbolise le sperme.

Jaïnisme : Philosophie fondée au Vie s. av. J-C. dans laquelle il n’y a pas d’âme universelle et souveraine mais une infinité de monades, seuls les effets du Karma peuvent modifier le statut de ces multitudes d’entités métaphysiques. Les moines pratiquent le respect intégral de toutes les créatures vivantes. Les Jaïna sont les membres d’une secte religieuse très répandue dans le sud de l’Inde.

Kâli : La Noire, divinité du pouvoir destructeur du temps. Une des épouses divines de Shiva, représentée dansant sur son corps inanimé.

Kâpâla : Crâne humain dont la calotte est utilisée en coupe à libation en Inde, au Népal, au Tibet dans des rituels tantriques ou lamaïques. Nom d’une secte.

Karma : Loi des actes de la philosophie hindoue et bouddhique selon laquelle la destinée d’un être vivant et conscient est déterminée par la totalité de ses actions passées, de ses vies antérieures.

Kundalinî : Serpent de Shiva, source de toutes les énergies, sexuelles et spirituelles, se trouve enroulé à la base de la colonne vertébrale.

Mandala : Support de méditation, utilisé pour concentrer l’énergie cosmique et psychique ; il peut être réalisé en deux ou trois dimensions.

Mantra : Formule savante et sacrée dans le bouddhisme et dans l’hindouisme. Composée de syllabes répétées, la plus importante est la syllabe sacrée Om. La répétition du mantra a pour but de renforcer sa puissance magique comme de favoriser l’auto-imprégnation du récitant.

Meru : Montagne mythique d’où coulent les eaux de la création. Située au centre de l’univers, sous l’étoile polaire et dans l’Himalaya, composée de cinq sommets, entourée par quatre océans et quatre continents.

Mudrâ : Posture codifiée et gestes mystiques des mains. Symbolise une attitude mentale du Bouddha et les pouvoirs d’une divinité.

Nâdî : Canal par lequel les énergies coulent dans le corps subtil humain.

Nâga : Divinité à corps de serpent. Ils peuplent le Pâtâla, région souterraine mythique dont ils gardent les trésors, ennemis naturels de Garuda.

Nâga : Ensemble de peuples et tribus d’origine tibéto-birmane qui vivent dans les collines de la frontière birmane, actuel Nâgaland. Anciens chasseurs-cueilleurs et coupeurs de tête, ils sont connus pour la réalisation de parures et de coiffes tribales et leurs bois sculptés.

Pârvatî : Sœur de Vishnu et épouse de Shiva. Prend une multitude d’aspects, dont les plus connus sont ceux de Kâli et de Durgâ. Fille de l’Himalaya et divinité des montagnes elle représente la puissance de la nature, procréatrice comme destructrice.

Prâna : Courants d’énergie vitale qui traversent les Nâdî.

Pratyâhâra : Retrait, principe essentiel dans le yoga, qui consiste pour le yogi à s’abstraire du monde extérieur pour favoriser la méditation.

Samâdhi : État dans lequel le yogi en rupture totale avec le milieu réalise l’union parfaite du sujet et de l’objet de la méditation.

Shiva : Une des trois principales divinités du panthéon hindou, à la fois destructeur et créateur qui, de sa danse cosmique, dirige le monde. On le vénère surtout sous la forme du linga (emblème phallique) qui, associé à la yoni (emblème vaginal), représente les forces génératrices. Sa sakti « épouse » et « énergie active » est la déesse Pârvatî.

Tantra, Tantrisme : Le tantrisme est un ensemble de doctrines, rituels, méthodes initiatiques et textes issus des textes sacrés. Les tantra sont

révélés selon la cosmogonie par Shiva et selon lesquels, il y a une identité absolue entre l’esprit

et la matière, entre l’âme individuelle et l’âme universelle, entre microcosme et macrocosme.

Le tantrisme conçoit le divin comme formé de l’union du dieu et son énergie féminine, sa sakti.

Le yoga tantrique met l’accent sur techniques corporelles, à la différence des autres formes de

yoga où les disciplines mentales prennent plus de place.

Veda : Nom générique des plus anciens textes de l’Inde considérés comme ayant été inspirés par les divinités.

Vishnu : Deuxième grande divinité de la triade brahmanique. Il représente les forces évolutives de l’univers. On le vénère sous diverses formes ou avatars. Généralement représenté avec quatre bras portant un disque, une conque, un lotus et une massue. Il est monté sur l’oiseau mythique Garuda.

Yantra : Symbole diagrammatique d’un champ d’énergie.

Yoga : Structures subtiles de l’être humain. Technique de méditation et de concentration mentale visant à placer la conscience au centre de l’être où le soi individuel est identique à l’Être universel, libérant ainsi l’âme de sa condition existentielle, dans l’union à l’absolu. Ensemble de pratiques psychiques et corporelles et, par extension, techniques de relaxation et de maîtrise corporelles fondées sur des exercices empruntés au yoga. Groupe de systèmes philosophiques et pratiques.

Yogi : Nom des ascètes suivant le système de dévotion appelé yoga, c’est-à-dire, union avec la divinité.

 

 

 

 

 

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